La Kasbah du peintre

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Le parcours du peintre

S’il ne sait pas le jour de sa naissance, le mois 7 de l’année 1969 à SAFI, Azdine BENDRA vous dira que c’est « l’année où Armstrong a monté sur la lune quand lui en descendait dans un pot de peinture. »

Troisième enfant d’une famille de deux garçons et deux filles dont le père est remorqueur au port de SAFI, il ne cesse, dès son plus jeune âge, de perturber la maison, rebelle à toute autorité, toujours à la recherche d’un bout de papier, déchirant les cahiers de ses sœurs pour trouver un endroit où coucher ses premiers dessins : mer, bateaux, poissons.

L’école ne le calme guère mais il y découvre avec délices les craies du tableau noir qu’il sculpte en miniatures innombrables. Il se révèle aussi gros consommateur de crayons de papier auxquels il fait subir le même sort.

Bon dernier de la classe, il est renvoyé ad patrem.

 A six ans, le hasard des soins infantiles le fait tomber dans la corbeille à papier du Docteur ROLE, pédiatre qui cultive l’aquarelle avec renommée et une maîtrise consommée. Pendant les consultations, il chipe ébauches, essais et remords déchirés, les ramène en cachette à la maison, utilise le merveilleux scotch pour leur redonner vie et reproduit au feutre le dessin reconstitué, prélude à une boulimie de paysages, visages et … caricatures.

 A quinze ans, au grand dam paternel, il s’engage à la poterie BENJELOUN de SAFI, alors grossiste de renommée internationale.

 Découvrant la peinture à l’eau, il y peint vases et vases… toutes sortes de poteries, destinées à la cuisson, aux décors de mer, de scènes de genre, et copies traditionnelles.

 La réputation des fameux bleus de SAFI le poussent, le soir venu, à s’essayer à l’aquarelle puis à l’acrylique, tout en continuant à façonner les petites sculptures d’argile que ses amis lui réclament.

 Renvoyé de la poterie au bout de sept années, ce libertaire décide enfin de partir à l’aventure.

 Ses premiers pas le conduisent au nord du Maroc, près de Tanger, plus précisément à ASSILA dont il découvre l’ancienne ville aux rues étroites et basses, ses portes, ses femmes voilées au pas pressé qui ne cesseront de l’habiter par la suite.

 Si, forcé et contraint, pour survivre, à croquer le portrait sur le trottoir, ce qu’il appelle, comme un mauvais souvenir, « des commandes » - contraires à la liberté imaginative qui l’habite désormais – il empoigne l’acrylique et vend ses premiers tableaux dans la rue avant qu’un galiériste du lieu le remarque et acquière ses premières toiles.

 Poussé par l’impérieuse nécessité de la peinture qui se fait jour, il décide d’abandonner la vie de bohème pour rentrer à SAFI et y transcrire au calme cette vie des rues qu’il vient de découvrir.

 Douze mois aussi d’allers et retours incessants à MARRAKECH pour vérifier, au hasard des souks et des rues de la kasbah, l’exactitude des couleurs qu’il retranscrit, quelquefois à l’huile, mais sans persévérance car « la couleur coûte cher ».

 Il commence à vendre sa première production intérieure aux galeries de Marrakech qui la lui réclament et, pour payer les études de son frère cadet, confie volontiers à celui-ci le soin de se faire connaître et de négocier d’autres de ses œuvres à ESSAOUÏRA.

 Un an s’écoule encore…

 Poussé par l’impérieux besoin du voyage, à la recherche de ses personnages imaginés qu’il veut désormais vivants, il reprend son pinceau de pèlerin pour une sorte de voyage initiatique qui le conduit successivement à AGADIR, TAROUDANT , TAZNAKHT, et à ZAGORA, avant dernier acte de sa recherche.

 Vivant avec les pauvres,  comme il le dit, couchant dans les cafés, partageant la vie des berbères du sud marocain, il observe, emmagasine, retrouve les racines de certains de ses pères, identifie la tradition gestuellement ancestrale de ses personnages enracinés dans une architecture colorée qui deviendra progressivement toile.

 C’est aussi la découverte de OUARZAZATE où il ressent la nécessité de se fixer : il y résidera pendant dix huit mois et c’est là qu’on pourra l’apercevoir sur les marchés parmi ses boîtes d’aquarelle et ses acryliques.

 C’est là que je l’ai observé, de loin, en coin, approché avec la barrière de la langue mais la curiosité de l’œil, sans substrat touristique aucun… bref, que je l’ai rencontré avec la simplicité d’un amateur. Ses premiers mots à mon intention furent d’ailleurs : « toi, tu aimes la peinture ».

 Il me confie alors que, dans ces gîtes nocturnes que ce sont les modestes hôtels où il se réfugie le soir, il ferraille avec la toile… et l’huile, en cachette, combats où les murs et les planchers des établissements étaient les premières victimes.

 Bien sûr, ses pas devaient le conduire à AÏT BEN HADDOU. C’est ici le but provisoire de sa marche, c’est ici sa place, au pied de cette citadelle mythique, l’un des repères de la mémoire universelle. Il pose son acrylique, trouve, au pied d’un maigre palmier, le manger, le boire et le coucher et investit le lieu secret où il peut travailler non plus en cachette mais en harmonie de vie avec la nature.

 Il installe au pied de son arbre et contre sa minuscule kasbah-tout-en-un son écriteau :

                 BENDRA Azdine

                Aquarelliste

                et peintre sur toile

vendant aux touristes qui franchissent la porte de son antre mystérieux, en même temps que ses aquarelles, ses primes huiles, les leur offrant même lorsqu’il est repu.

             La suite, certains la connaissent déjà et si je la relate ici, c’est comme le témoignage de la constatation, de mois en mois, de la montée en puissance d’une peinture autodidacte impérieusement naturelle.

 Simple parmi les simples, sous la voûte puissante d’une nature rude aux couleurs tonifiantes, il le restera sans nul doute, ad majorem picturae gloriam et pour l’humain plaisir d’une simplicité sans artifices, trop souvent oubliée, voire méprisée.

   Jean BERRA

D’une rage de dents à l’UNESCO

 Un jour de rage de dents, au pied de son arbre, notre peintre voie venir à lui un monsieur, une dame et un petit chien. Avec  surprise il reconnaît une amie d’enfance de SAFI partie depuis longtemps en Europe, mariée et installée comme médecin à Toulouse.

 A la recherche de ses souvenirs marocains, elle sillonne le pays interrogeant à SAFI, au nord, au sud si Azdine avait été vu il y a longtemps. Son périple prenant fin à AÏT BEN HADDOU, la rencontre, saisissante et inattendue, a lieu

 Mais Azdine a mal aux dents ! Le temps de découvrir les aquarelles, de les empaqueter pour en jouir en France, elle indique une amie médecin qui va remédier à la situation.

 C’est là qu’il est question de Malika.

 Mais Malika, cherchée en vain plusieurs jours, demeure introuvable, et encore lorsque, quelques semaines plus tard notre peintre souffre de dysenterie.

 Pourtant, un jour, l’ombre de Malika se profile sous le palmier. Elle est curieuse de cette peinture qu’elle a pu admirer à Toulouse.

 Vifs reproches ! « Toi, tu n’es jamais là quand je suis malade. » Mais profusion d’aquarelles, dont couleurs et sujets la subjuguent.

 Il faut dire que Malika est correspondante de l’UNESCO à AÏT BEN HADDOU où, par l’intermédiaire d’associations qu’elle anime, elle dispense et distribue soins, médicaments et vêtements.

 De passage à CASTRES, elle rencontre le directeur des Beaux Arts de la ville qui, conquis par le talent d’Azdine, la charge de choisir une quarantaine de toiles et aquarelles.


De l’UNESCO à CASTRES

De l’UNESCO à CASTRES, les choses vont vite.

De TOULOUSE, où circulent déjà ses œuvres, six délégués de l’UNESCO, venus à AÏT BEN HADDOU pour créer une classe d’enfants, débarquent sous le palmier, photographient, se renseignent…

Dire ce qu'a représenté pour Azdine l'exposition de CASTRES est superflu : pour la première fois, il a vu "un autre monde".

 RETOUR à OUARZAZATE

Pourtant il ressent la nécessité de retrouver ses kasbahs de rêve.

 Il est pressé de retrouver cette luminosité vivante à l'extrême, comme un voile irréel

 Il est pressé de retrouver les couleurs traditionnelles de la mosaïque humaine de sa peinture.

 DE OUARZAZATE à PARIS

 Il travaille avec acharnement ; ouvre une galerie à OUARZAZATE.

 Jean BERRA le pousse à exposer à PARIS : il s'y prépare, travaille, travaille…

 En témoignent un amoncellement de toiles, huiles de tous formats, personnages et aquarelles de toutes sortes : la puissance du trait s'affirme, la certitude du peintre s'installe.

 Il maigrit. C'est qu'il travaille sans relâche de neuf heures au coucher du soleil et, dit-il avec son sourire habituel et la malice dans les yeux, "moi je parle au pinceau et le pinceau fait comme il veut : c'est le pinceau qui peint"

 Au cœur de Paris, Suzanne DORLHAC lui ouvre sa galerie. Elle ne s'y trompe pas, comme Azdine BENDRA, elle laisse parler son cœur et lui ouvre l'Espace Victoria : aux cimaises plus de deux cents toiles et aquarelles qui séduisent les parisiens.

 C'est l'occasion pour Azdine de découvrir le Louvre, Cézanne et Pissarro, Giverny et Monnet…Paris, ses rues, son architecture, la Seine et les Grandes Eaux de Versailles.

 Sa peinture se transfigure de nuit en nuit,. Ses aquarelles prennent une vivacité et un rythme puissant, une assurance dans le mouvement étonnante.

 Une nouvelle exposition "Paris dans la peinture d'Azdine" se profilerait-elle ?

 


Les frères Bendra

Douar Waounsment, Ait Zineb, Amerzgane

OUARZAZATE - Maroc

Téléphone : +212 (0) 67 69 22 80

e-mail : ahmedbendra@yahoo.com